Le site de Nefermaat

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lundi 3 avril 2006

Samedi 20

            Il était 6h30. Le temps était humide et gris. Le jour n’était pas encore levé. A cette heure-ci, il n’y avait pas encore beaucoup de circulation sur l’autoroute. Un panneau indiquait la sortie pour l’aéroport. J’allai prendre l’avion pour partir une semaine en Egypte. L’Egypte… Depuis le temps que je rêvais d’y aller…

Cela faisait de nombreuses années que je m’étais découvert une passion pour l’Egypte ancienne. Tout avait commencé lorsque j’étais en CM1, on m’avait offert pour mon anniversaire un livre qui s’intitulait « Contes et Légendes de L’Egypte Ancienne. » Il resta au fond d’un placard environ un an. Je le vis un jour et me dis qu’il fallait que je le lise au moins une fois… Je le dévorai en quelques jours ! Il racontait de nombreux contes qui figuraient parmi les classiques de la littérature de l’Ancienne Egypte. Ils mettaient en scène les dieux entre eux ou avec les hommes, des magiciens, des guerres, des complots, des histoires d’amour… C’était passionnant ! Je regardai aussi de nombreux films qui parlaient de L’Egypte. J’achetai des romans qui avaient pour sujet les malédictions de pharaons, les découvertes des archéologues… J’étudiai L’Egypte en 6e, ce qui agrandit plus encore ma passion. Il y a environ deux ans, j’ai commencé une collection de fiches sur l’Egypte : elles ont pour sujet l’histoire du pays, de la Préhistoire à nos jours, les dieux, les us et coutumes, l’art, le cinéma, la BD, l’architecture, l’écriture, la géographie… C’est vraiment très complet. J’accumule depuis tous les livres et toutes les collections possibles de posters, de papyrus, de reproductions de statues qui touchent à L’Egypte.
Pour ses 70 ans, ses enfants et ses amis offrirent à ma grand-mère un voyage en Egypte. Alors forcément lorsqu’elle m’a proposé de l’accompagner, j’ai sauté de joie. Elle était déjà allée en Egypte mais elle souhaitait y retourner pour pouvoir refaire certaines visites mais surtout pour revoir le Musée du Caire.
Notre voyage était prévu pour le mois de février mais l’actualité internationale en avait décidé autrement . Les vacances de Pâques approchaient lorsque les tensions au Proche-orient ont recommencé à faire parler d’elles ; j’ai alors cru que le voyage serait une fois de plus repoussé.

Mais nous étions bien le samedi 20 avril dans le hall de l’aéroport de Roissy pour partir. Nous attendions pour avoir nos cartes d’embarquement. Le décollage était prévu pour 9h00 mais nous devions embarquer à 8h15. Nous passâmes les formalités d’usage : douanes, contrôle des papiers… Il était 8h20 quand une annonce, pour un vol, retentit : ce n’était pas le nôtre. Une heure plus tard, toujours rien. J’allai voir une hôtesse qui me répondit que le vol avait trois heures de retard ! Le sort s’acharnait vraiment sur moi ! Cela faisait six ans que je rêvais de partir et c’est ce qui était en train de m’arriver. Mais je devais encore attendre, si près du but ! Nous prîmes donc notre mal en patience et vers 12h00, les cars qui devaient nous conduire sur la piste arrivèrent. A 12h30, nous décollâmes. « Dans quelques heures, j’arriverai sur l’antique terre des pharaons. » Une interminable attente de cinq heures me séparait de l’arrivée.
Nous survolâmes le canal de Suez puis la Mer Rouge. Puis nous vîmes la vallée du Nil : du ciel, on devinait le fleuve et les cultures, puis brusquement, la frontière entre la zone alimentée par les eaux et le désert. Ce fut très impressionnant.
Quand nous atterrîmes, mon cœur se mit à battre la chamade. La porte s’ouvrit. En la passant, je fus émerveillé. Pour moi, ce fût l’accomplissement d’un rêve. D’autres personnes que moi auraient trouvé le paysage aride, sec, désertique… Le ciel était d’un bleu azur et l’on voyait les montagnes où se trouvait la Vallée des Rois. Il faisait très chaud (environ 35°C) mais cela ne me gênait guère.
D’autres formalités, puis notre car et notre guide trouvés, nous partîmes rejoindre le bateau sur lequel nous allions faire une croisière pendant une semaine.
Je regardai par la fenêtre : des cabanes de roseaux ou de briques séchées, des enfants jouant pieds nus, des tas d’ordures dans tous les coins… On avait du mal à deviner que l’on se trouvait dans la ville même de l’antique temple de Louxor. Mon regard fut attiré, au loin, par des statues : c’était l’ancien Dromos, l’allée des sphinx reliant le temple de Karnak à celui de Louxor ; de nos jours, les sphinx sont en très mauvais état, des maisons occupent le tracé de l’allée, cela me désola. J’appris plus tard que les égyptologues discutaient avec les locataires de ces maisons pour leur faire changer de domiciles afin de pouvoir continuer les fouilles qui visaient à remettre au jour les sphinx de l’allée.
Nous rentrâmes dans le centre-ville. De multiples boutiques qui vendaient des souvenirs, des calèches qui proposaient une balade pour un prix exorbitant, des marchands qui étaient en train de discuter le prix d’une statuette, ainsi était la ville de Louxor aujourd’hui. Je vis aussi pour la première fois Le Nil, fleuve sacré des anciens égyptiens. Lors de son voyage en Egypte, le philosophe grec, Hérodote, dit un jour : « L’Egypte est un don du Nil », il avait entièrement raison. Ce très grand fleuve était à la base de la civilisation égyptienne. Sans sa crue bienfaisante, la civilisation égyptienne n’aurait pas été ce qu’elle fut.
Arrivés au bateau, on nous invita à boire une boisson désaltérante avant de prendre possession de nos cabines. Plus tard, avant le dîner, les guides firent trois groupes en fonction des numéros de cabines. Ne connaissant personne, je ne pouvais savoir si les groupes me satisferaient ou non.
19h30. C’était l’heure d’aller dîner. Nous rentrâmes les premiers dans le restaurant. On nous présenta une table. Grâce à sa grande expérience des voyages, ma grand-mère s’assit près de la fenêtre, côté Nil, en sachant très bien que nous pourrions profiter du paysage.
Après le dîner, j’allais flâner sur le pont. Il faisait bon (environ 25°) et il n’y avait presque personne. Regarder le ciel étoilé et le Nil, allongé sur une chaise longue, était tellement agréable... Ce ciel clair, sans nuages. Etait-ce le même qu'il y a 4000 ans ? Ces étoiles qui scintillaient par milliers étaient-elles déjà là à l'époque pharaonique ? Penser qu'il y a si longtemps, des hommes ont pu rêver comme moi devant ce spectacle me fit tourner la tête. Mais je ne pus rester aussi longtemps que je l'aurais voulu, car on se levait le lendemain à 3h45, et il fallait que je dorme un peu.

Dimanche 21

            Le téléphone sonna. C’était le réveil automatique. Au petit-déjeuner, j’espérai pouvoir regarder le Nil mais plusieurs autres bateaux nous étaient accolés et nous ne pouvions rien voir. Puis on partit à l’aéroport de Louxor pour prendre un avion vers Le Caire. Après une heure de vol, nous prîmes la direction du Musée Egyptien.
L’Egypte, avec ses soixante-huit millions d’habitants, est le pays arabe le plus peuplé ; sa capitale, Le Caire, en est un très bon exemple avec une population de près de dix-huit millions de Cairotes.
Avec une superficie de plus de un million de kilomètres carrés, le pays a une densité moyenne de soixante-huit habitants au kilomètre carré… Mais la population étant regroupée sur seulement 5% du territoire, certaines zones atteignent une densité dépassant les mille trois cents habitants au kilomètre carré ! De plus, certains quartiers du Caire ont une densité phénoménale de plus de cent cinquante mille habitants au kilomètre carré !
D’ailleurs, la circulation en Egypte, comme dans la plupart des pays orientaux arabes, et tout particulièrement dans les grandes villes, est « originale. » Non, ce n’est pas le mot, elle est très dense. Tout d’abord, les chauffeurs ont pour habitude de klaxonner à chaque fois qu’ils vont doubler quelqu’un, mais pas seulement, le klaxon est aussi un élément très important de la vie urbaine : il sert à dire « bonjour, au revoir, poussez-vous, j’arrive, merci… » Cela devient très pénible, surtout dans un embouteillage… ! De plus, ils ne semblent pas avoir connaissance des règles élémentaires de conduite : pas de priorité, pas de clignotant, accélération brutale, zigzag entre les voitures… Cela peut s’expliquer par le fait que les panneaux de signalisation ne sont installés que depuis quelques années… Tout cela fait que nous prenions tous les conducteurs pour des chauffards ! Mais tout le monde conduit comme ça et cela ne semble déranger personne. Je ne conseille pas à ceux qui voudraient se déplacer de louer une voiture. Je leur préconiserai plutôt de louer les services d’un des innombrables taxis de la capitale car cette circulation ne dérange personne… sauf ceux qui n’y sont pas habitués et ils ne feraient pas dix mètres sans être percutés par un autre véhicule !
Nous arrivâmes au musée vers 9h00, c’était un superbe édifice (photo 2).
L’égyptologue français, Auguste Mariette était arrivé en Egypte en 1850, ayant à la fois pour mission de mettre fin au trafic des pilleurs mais également de regrouper toutes les antiquités éparpillées sur le territoire. Pour cela, il créa le Service des Antiquités dont il fut le premier directeur et fit aussi construire le musée afin d’abriter tous les trésors. Malheureusement Mariette mourut avant l’inauguration de celui-ci en 1902.
Ma grand-mère fut très heureuse de le revisiter, car la profusion d’œuvres empêche de tout voir en une seule visite…
Un grand jardin fait le tour du musée : il est agrémenté de plusieurs statues, et derrière le musée, s’y trouve la tombe de Mariette (photos 1, 3, 4 et 5). Je ne pouvais pas prendre mon appareil photo dans le musée, je passai donc par la consigne avant d’entrer. Juste après avoir pénétré dans la salle principale, surmontée d’une grande coupole, on se sentait déjà transporté tant la qualité et la beauté des œuvres présentes étaient remarquables. Le musée était extraordinaire. Pendant trois heures, je voyageai dans l’Egypte ancienne au travers de nombreuses statues ou objets, tous plus beaux les uns que les autres, dans lesquels on retrouvait la collection Toutankhamon 1 qui comporte ses sarcophages en or pur, recouverts de pierres précieuses, son trône et son illustre masque funéraire. La tombe de ce célèbre pharaon fut découverte inviolée, en 1922 par l’égyptologue anglais Howard Carter. Il y avait aussi plusieurs statues en bois, en granit, ou en schiste, comme la triade de Mykérinos 2 où on le voit en compagnie de la déesse Hathor et d’une divinité locale.
Je n’eus pas le temps de visiter la célèbre salle des momies car il ne me restait que quinze minutes pour revenir au car et je pensai que payer pour avoir juste le temps de voir une momie, puis de ressortir était un peu dommage. Je me promis donc de la visiter lors de mon prochain séjour en Egypte.
En sortant, j’allai récupérer mon appareil et demandai à ma grand-mère de me prendre en photo devant plusieurs statues.
Tout le groupe revenu, nous partîmes en direction des Pyramides. Elles sont le symbole de L’Egypte pharaonique. Nous roulions sur une petite route sinueuse. Au détour d’un immeuble, elles apparurent. Immenses, indestructibles, grandioses. Je ne saurais expliquer quelle fut ma réaction en les voyant pour la première fois. Une impression qui vous fait comprendre que nous ne sommes que poussières – ou grains de sable, en l’occurrence – comparés aux cent quarante-six mètres de la pyramide de Kheops 3, la Grande pyramide (photo 7). La première des sept Merveilles du Monde, la seule qui ait survécu au temps. Bien que l’on bénéficie de plusieurs hypothèses, de la plus sérieuse à la plus fantastique, on se demande toujours comment des hommes ont pu construire un édifice si grandiose avec des moyens si simples. Notre guide, Maha, nous précisa qu’il y avait deux possibilités de visites libres : celle de la pyramide de Khephren (photo 6) qui fait cent quarante-deux mètres de hauteur, et celle du musée qui abrite la grande barque de Kheops, trouvée au pied de sa pyramide. J’optai pour la pyramide. Les hauteurs mentionnées sont celles d’origine, aujourd’hui, les pyramides de Kheops et de Khephren ont à peu près la même taille, c’est à dire environ cent trente-sept mètres de haut.
Je tiens à démentir une idée bien ancrée dans les esprits : contrairement à ce que les historiens prétendaient et ce qui est écrit dans La Bible, les pyramides n’ont pas été bâties par des esclaves, mais par des ouvriers volontaires et rémunérés. Cette idée est entérinée par la majorité des archéologues, dont les docteurs Mark Lehner, et Zahi Hawass, secrétaire général du Conseil suprême égyptien des Antiquités, superviseur du site de Gizeh, et explorateur à résidence du National Geographic Society. Je cite le nom de ces deux hommes en particulier, car ce sont eux qui ont découvert en septembre 2002, les restes de la ville où vivaient les ouvriers, ainsi que leurs tombeaux. Pour Zahi Hawass, cette découverte apporte une preuve supplémentaire de ce que les pyramides ont été construites par les Egyptiens et non par une civilisation disparue, voire par des extraterrestres, comme certains le suggèrent. Cela montre aussi, a-t-il ajouté, que les constructeurs n'étaient pas des esclaves, « car ils ont construit leurs tombes près des pyramides et les ont préparées pour l'éternité, comme les rois et les reines ». Les ouvriers permanents étaient aidés par les agriculteurs, qui lors de la crue, ne pouvaient travailler. Ceux-ci retournaient sur leurs terres dès la décrue.
Tandis que je me dirigeai vers la cabane où l’on achetait les billets, un vendeur vint vers moi avec des « babioles » :

- Regarde ! C’est pas cher !
- Non. Merci.
- Toi français ?
- Oui.
- Zizou, je connais. Bonne chance, Coupe du Monde.
- Merci.
- Tiens, prends ! C’est cadeau.
- Merci.

Puis je continuai mon chemin avec en poche le keffieh du vendeur. Celui-ci me rattrapa en me demandant de l’argent. Je lui redonnai son cadeau et partit sans écouter ce que disait l’homme pour éviter qu’il insiste lourdement. Mon billet acheté, je suivis des personnes qui faisaient parti de notre groupe. Contrairement à ce que l’on peut voir dans les films, les pyramides ne sont pas de grands labyrinthes. Le couloir était très étroit et descendait brusquement. Il ne fallait pas être grand, nous descendions accroupis. Ma tête frôlait le plafond et elle rencontra plusieurs fois celui-ci ! Puis nous arrivâmes dans la salle du sarcophage. Elle était dépourvue de décorations ; seule une inscription écrite à la craie était visible. Elle désignait Giambattista Belzoni, celui qui avait découvert l’entrée de la pyramide en 1818. Il y avait aussi l’énorme sarcophage en granit du pharaon, vide. Le guide voulut que nous prenions place à l’intérieur. Tout le monde repoussa la proposition. Je refusai aussi, par respect pour l’homme qui avait été allongé ici 4700 ans plus tôt. Il me restait trente minutes avant que l’on reparte. Je retournai au car pour prendre mes jumelles et mon appareil pour faire quelques photos. Le car monta pour faire un petit arrêt-photos en face d’un très beau panorama sur les pyramides de Gizeh (photos 8 et 10). De là nous vîmes aussi la « petite » pyramide de Mykérinos qui mesure soixante-six mètres de haut (photo 9). Je décidai d’acheter un petit souvenir. Je savais que j’allai devoir marchander. Je trouvai une petite pyramide noire avec des dorures, certainement faites à la main, malheureusement c’était ici plus un défaut qu’une qualité… Je demandai le prix au vendeur :

- 10 € – à prononcer 10 « iouro », c’est pas cher.
- 10 € pour ça ? Non, 5 livres (1 euro ≈ 4 livres égyptiennes).

Je marchandai pendant cinq minutes pour avoir finalement la pyramide pour dix livres ainsi qu’un lot de dix cartes postales pour le même prix.
Puis on alla voir le Sphinx (photo 14). C’était aussi un monument extraordinaire. Célèbre pour son nez cassé. Mais par qui et comment ? Telle est la question que beaucoup se posent. Serait-ce Bonaparte, lors de la fameuse Bataille des Pyramides, le 21 juillet 1798 ? Ou bien encore Obélix, lorsqu’il grimpa sur l’énorme statue? L’hypothèse la plus sérieuse admet qu’il fut mutilé par les Mamelouks s’entraînant au tir, et par le délire d’un cheikh du XIVe siècle qui trouvait que son sourire le narguait, et fit donner le canon pour changer cela !
Le Sphinx est la représentation symbolique de Khephren et veille sur les pyramides (photos 11 et 13). Nous visitâmes aussi le Temple de la Vallée, où étaient accomplis les rituels d’embaumement. Nous remarquâmes que les deux autres guides nous accompagnant avaient donné un nom à leur groupe : les « Ramsès » et les « scarabées. » Maha nous dit qu’elle nous en donnerait un plus tard.
Ensuite nous allâmes déjeuner dans un restaurant du Caire – il était tout de même 15h00 passé – et nous repartîmes pour l’aéroport. Mais nous fûmes pris dans un monstrueux embouteillage. Pendant plus d’une heure, nous avançâmes à la vitesse d’un escargot. Nous réussîmes à sortir de là mais quelques mètres avant la sortie pour l’aéroport, deux voitures nous bouchèrent la route. Le chauffeur prit alors une grosse accélération et, en klaxonnant, fonça… Il passa juste entre les deux voitures. Nous applaudîmes tous. D’autant plus, qu’il y avait très peu d’espace entre le car et les voitures !
Une fois rentré et le dîner pris, j’allai de nouveau me balader sur le pont. C’était toujours le même sentiment de bien-être et de détachement du monde : mes rêves m’emmenaient ailleurs…

Photo 01

Musée du Caire, sphinx devant l'entrée

Photo 02

Musée du Caire, façade

Photo 03

Musée du Caire, fragment d'obélisque