mardi 29 janvier 2008
El Arish, des Palestiniens dorment dans la rue
Par Nefermaât, mardi 29 janvier 2008 à 19:26 :: Un rêveur en Egypte...
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mardi 29 janvier 2008
Par Nefermaât, mardi 29 janvier 2008 à 19:26 :: Un rêveur en Egypte...
dimanche 27 janvier 2008
Par Nefermaât, dimanche 27 janvier 2008 à 21:26 :: Un rêveur en Egypte...
Il est presque 16h, je sors de cours, je prends le métro et vais directement à la gare routière de Turgoman. Le dernier car pour El Arish – dernière grosse ville égyptienne avant la frontière et Rafah – est déjà parti, je vais donc chercher un billet pour Ismaillia, au bord du Canal de Suez : départ dans 10 min !
Une fois installé, je souris : une nouvelle fois je suis mon instinct et fonce. Hier matin, je vois cette info extraordinaire – dans la nuit de mardi à mercredi, le Hamas a fait sauter des charges explosives sur la frontière de Rafah entre la Bande de Gaza et l’Egypte, et peu après, des centaines de milliers de Palestiniens ont traversé la frontière pour se ravitailler en Egypte et survivre au blocus israélien. Dans l’après-midi, je décide de partir ! Il m’a fallu patienter 24h pour mes derniers cours, mais ça y est, j’y vais, je me lance vers l’inconnu et l’aventure.
Nous traversons le Caire avec difficulté à cause des bouchons du jeudi soir. Dans le car, je discute avec mon voisin : il est ingénieur et travaille à El Arish. Son entreprise est internationale et a des succursales un peu partout en Europe, il a donc pas mal voyagé, en France notamment. Il travaille le lendemain, et doit donc arriver à cette nuit.
Il me dit de le suivre lorsque nous arrivons. Nous attendons un moment, mais les taxis sont chers et les microbus pleins. Cependant, au bout d’une demi-heure, nous finissons par trouver un microbus qui accepte de nous emmener.
Nous passons 4 check-points sur la route, mais au grand soulagement de l’ensemble du microbus, aucun contrôle n’est effectué. En montant, on m’a cependant demandé si j’étais Palestinien, et à chaque fois que l’on croise une voiture de police ou un barrage, le mot « Falestin » est sur toutes les lèvres.
On sent une excitation dans l’air, car bien plus que ces discussions entre les passagers, les nombreux camions chargés, les pickups remplis de marchandises diverses et le trafic sont une preuve que quelque chose se passe…
On arrive à El Arish, l’ingénieur descend et demande aux autres passagers de m’indiquer où descendre pour trouver un hôtel ; ce qu’ils font peu après. Je marche alors dans la direction indiquée. Il est minuit, il ne fait pas très chaud, et plusieurs pickups avec des Palestiniens croisent mon chemin : ils chantent et ont l’air heureux.
Plus loin cependant, plusieurs hommes sont assis sur le trottoir et se réchauffent avec de petits feux, ils passent la nuit dehors n’ayant pas trouvé d’hôtel. Je continue mon chemin, mais j’arrive dans une zone où il n’y a rien à part des bâtiments administratifs. Je dois être à la périphérie de la ville, car j’arrive au début de la route de Rafah, qui est embouteillée comme aux heures de pointe : transports de personnes et de marchandises sont au cul à cul.
Je finis par prendre un taxi pour trouver un hôtel : le chauffeur ne comprend pas vraiment ce que je dis, il s’énerve et nos discussions sont laborieuses. Il craint que je sois Palestinien, et ni mon faible niveau d’arabe ni mes mots de français ne suffisent à le rassurer pleinement. Il finit par me déposer dans un hôtel, mais celui-ci est trop cher, et je décide d’aller un peu plus loin pour en trouver un plus abordable : je ne passe qu’une seule nuit à El Arish, je veux juste un endroit où dormir, peu importe le confort.
La porte de l’hôtel est bloquée par des fauteuils, le patron entrouvre la porte, et il me faut montrer passeport, visa et expliquer que je ne veux que dormir une nuit pour qu’il me laisse rentrer. L’hôtel est vide à part deux étudiants américains au Caire, en vacances dans la région.
Le patron me donne une chambre – au double du prix prévu – mais il m’explique que tous les hôtels sont fermés et se méfient : "Il est interdit de loger des Palestiniens, m'explique le patron d'un hôtel, on veut éviter un débordement." Ils doublent donc aussi les prix pour les quelques visiteurs. Les Palestiniens, eux, essayent tout de même mais la plupart du temps sans succès. Je lui fais part de mon intention d’aller à Rafah le lendemain et de voir la frontière : il me conseille d’aller voir la police. Elle pourra m’emmener en sécurité et ça ne me coutera rien, à l’inverse des taxis qui, au vu du trafic incessant, font aussi grimper leurs prix.
Je décide d’aller faire un tour en ville. Il est plus de 1h du matin mais de nombreuses épiceries sont encore ouvertes, et beaucoup de personnes sont chargées de nourriture : ils font leur marché !
Je me dirige ensuite vers la plage : un groupe d’une vingtaine de personnes campent autour d’un feu. Le son d’un morceau de musique au violon se dégage d’un café alentour, l’ambiance est particulière. J’aborde le groupe : ils sont tous Palestiniens et sont arrivés hier (mercredi). Ils me confirment bien que c’est le Hamas qui a fait sauté des explosifs sur le mur pendant la nuit afin d’ouvrir une brèche.
Ils disent venir pour chercher un peu de calme, acheter à manger, des biens de première nécessité mais savent qu’ils finiront par rentrer. Leurs familles sont en Palestine, ils ne peuvent rester ici indéfiniment. De plus, c’est leur terre, ils y sont attachés. Selon eux, la vie à El Arish n’est nécessairement mieux : ils n’ont pas de maison, dorment à la belle étoile, sont exclus parfois et plus généralement pas réellement accueillis chaleureusement. Néanmoins, ils témoignent de l’envie de partir un jour pour le Caire, voire quitter la région pour la France notamment.
Je suis « interrogé » car beaucoup sont surpris de voir un Français, ici, assis avec eux sur la plage. On me demande ce que je fais dans la vie, si j’aime les musulmans, la Palestine, Israël, l’Egypte, l’Islâm ou encore si je préfère le Fatah ou le Hamas – question que j’évite avec prudence. On discute et on rit, je prends quelques photos, l’ambiance est très chaleureuse malgré la barrière de la langue – mon arabe est en effet limité, et je peine à comprendre le dialecte palestinien.
D’un coup, on annonce l’arrivée de soldats, tout le monde se lève. Hamaad, avec qui j’ai discuté principalement, prend mon mail, promet de m’écrire et de m’accueillir si je viens en Palestine. Puis il me dit d’un air presque heureux "maintenant, on retourne en Palestine." Puis tous quittent la plage et s’en vont.
Quant à moi, après à peine plus d’une heure passée avec eux, je retrouve ma petite chambre – et une petite souris qui s’enfuit. Je peine à m’endormir : la chambre est glaciale, je dors habillé et je repense à cette soirée… J’imagine Assad et les autres errer dans la ville, pour retourner ensuite chez eux, alors que moi je ne suis ici que pour qu’un temps très limité : nous sommes réellement de deux mondes différents.
Après une courte nuit, je me lève, achète une bricole à grignoter – toute la nourriture s’achète en gros, il n’y a presque rien à l’unité – et vais boire un thé avant de partir. La police ne me dit rien de particulier, juste de continuer sur la route vers le centre où je devrais trouver un bus ou un microbus.
En effet, quelques minutes plus tard un bus arrive à ma hauteur en criant « Rafah ». Je fais signe au chauffeur et je monte, avec un léger étonnement de l’homme à la porte.
Le centre ville est bondé, c’est le marché. Le bus se remplit se petit à petit avec des Palestiniens qui ramènent un peu de tout : électronique, nourritures, cigarettes, vêtements. Devant chaque étal, les marchands vérifient scrupuleusement les billets avec lesquels les Palestiniens payent – j’appris plus tard que vu la quantité d’échanges à la frontière, beaucoup de faux billets circulaient lors des transactions…
mercredi 12 décembre 2007
Par Nefermaât, mercredi 12 décembre 2007 à 00:29 :: Un rêveur en Egypte...
Au cœur du souk Khan el-Khalili, dans une petite venelle à côté de la grande mosquée el-Hussein, se trouve le café Fishawy. Fondé en 1849, il porte le nom du Hagg Fichmi Fishawy, grand chef de bande du quartier dans les années 30. De grands miroirs aux cadres en bois sculpté, des arches au-dessus de chaque entrée : vous êtes transportés en pénétrant dans cet endroit mythique. L’on s’assoit sur d’agréables banquettes au milieu de la venelle, ou autour de petites tables à côté, et une fois le délicieux thé à la menthe fraiche rapidement servi dans une petite théière émaillée – le meilleur du Caire selon moi – la magie fait alors son œuvre, et il ne vous reste plus qu’à regarder.
Assis pendant des heures à boire du thé, le temps défile pendant que l’on contemple un spectacle inouï et sans cesse renouvelé. On apprend énormément en regardant autour de soi et en apprenant à ouvrir les yeux... La façon dont les gens se comportent, les regards, même furtifs, que l’on peut échanger avec eux, les sourires parfois. Fermez les yeux et écoutez... Tous les sons se confondent : le bruit des chaises, celui des verres et des théières en émail sur les plateaux en cuivre, les voix des serveurs qui réclament les chichas, qui passent les commandes ou qui crient "flooouuuussss" (argent) pour que le patron vienne avec son énorme liasse de billets et encaisse auprès des clients. Il y a aussi les haussements de ton des touristes qui ne comprennent pas bien ce qui se passe, l’anglais, l’espagnol, le chinois, le français, l’allemand, l’italien, l’arabe, se mélangeant dans un concert envoûtant…
En ouvrant à nouveau les yeux, on assiste à un défilé incessant, un monde en perpétuel mouvement, celui des vendeurs de breloques en tout genre et de gadgets – si vous restez un peu plus longtemps, vous aurez l’occasion de les revoir souvent, et à chaque fois ils vous proposeront de nouveau leurs articles ! Quelques mendiants circulent entre les tables bondées et essayent de vendre des paquets de mouchoir ou des cacahuètes. Il y a aussi la femme qui passe toutes les deux minutes vous proposer un tatouage au henné, et le cireur de chaussures qui fait une triste mine quand on lui dit non ou qu'il voit que vous êtes en sandales !
La richesse que vous apporte une pause – aussi longue que possible – dans ce café est incommensurable, elle est de celle qui ne se compte pas, elle est liée à l’apprentissage de la vie en Egypte, de la vie en général ! Mais ne croyez pas que cela soit réservé à cet endroit seul, toute l’Egypte est comme ça, riche de cette mixité permanente, de ces styles différents à chaque coin de rue. A la regarder, à l’écouter, à la sentir pour mieux s’en imprégner, à tenter de la comprendre et de pénétrer ses mystères, on ne peut que l’apprécier. Et apprécier ces instants, c’est au bout du compte adopter l’Egypte dans son cœur…
mardi 4 décembre 2007
Par Nefermaât, mardi 4 décembre 2007 à 01:42 :: Un rêveur en Egypte...
Par Nefermaât, mardi 4 décembre 2007 à 01:33 :: Un rêveur en Egypte...
Hé oui, il y a 3 mois, jour pour jour, j'arrivais en Egypte avec ma valise. Quel bilan de ces trois premiers mois ?
En chiffres : 1 coloc' super sympa, 2 mois de cours, 3 voyages à Siwa, 4 françaises avec moi à la fac, 5 LE pour aller à la fac depuis ici... et plein d'amis !!!
Sinon, je suis heureux !! Je me sens tellement bien ici : j'aime l'ambiance de l'Egypte, tous ses petits plaisirs, les égyptiens, le climat, etc... Pas une seconde je ne regrette d'être venu ici, que ce soit pour la vie en Egypte ou pour mes cours. Je suis comblé dans les deux domaines et c'est génial !
Je rentre deux semaines à Noël, ça me fait plaisir de revoir la famille et les amis, mais j'avoue que "j'appréhende" un peu : je pense que je vais être un peu décalé par rapport à ici. Le temps tout d'abord : l'hiver est arrivé ici, c'est à dire qu'il fait aux alentours de 20-25° C en journée, et que ça descend à 15 dans la soirée et la nuit... Et quasiment toujours avec un beau soleil ! Rien à avoir avec l'hiver français... Décalé également pour le mode de vie : plus de taxis, des horaires un peu plus fixes, plus de klaxons, des paysages différents, etc... Je n'ai pas oublié la France, mais ça fera plus de 3 mois et demi que je suis en Egypte, et je ne reste que deux semaines, donc ça sera assez bizarre je pense.
Par contre, je serai très content de pouvoir manger autre chose : pas que la nourriture me déplaise ici, au contraire, j'aime beaucoup ! Mais il y a certaines choses qu'on ne trouve pas facilement, et encore moins à des prix raisonnables. Alors manger en France, surtout au moment de Noël, sera un véritable petit plaisir pendant ces vacances !
3 mois de passés, et que du bonheur. Espérons que ça dure... insha'allah !!