jeudi 14 septembre 2006
Dernier voyage...
Par Nefermaât, jeudi 14 septembre 2006 à 23:04 :: Les écrits d'un grand rêveur...

Toujours courant, glissant, dérapant et se cognant dans les arbres, Arthur comprit enfin qu'il arrivait trop tard. C'était la fin, il ne pouvait plus rien faire ! La vie en avait décidé autrement... Agnès lui était arrachée, et il savait que jamais plus il ne pourrait contempler son visage angélique et la serrer contre lui. Une étrange sensation l'envahit, il n'arrivait pas à être triste, il le savait... Il avait toujours su que ce jour néfaste arriverait. Mais ni la force de sentiments, ni la foi en une vie meilleure n'a réussi à faire changer les choses, et l'inévitable est arrivé... Elle était déjà loin, et pourtant il était toujours avec elle, il sentait son cœur battre, il voyait par ses yeux, et il souffrait comme elle. Ce terrible voyage, qui pour une fois n'apportera rien de bon. Comment est-il possible qu'une source aussi intense de bonheur, de paix, de joie, de vie, apporte finalement la mort à autant de personnes...
Ayant tout perdu, Arthur reprit sa course effrénée vers une destination que lui seul connaissait, l'unique endroit qui pouvait encore calmer la fureur qui régnait en lui : il partait vers les falaises qui dominent la mer. C'est là, la veille de ce jour funeste, qu'il avait demandé à Agnès de l'épouser, et qu'après avoir assisté au plus beau coucher de soleil de leur vie, ils s'étaient laissés allé à la passion du désir, sous la douce lueur de la lune. Aujourd'hui, le ciel était gris, Agnès avait disparu, et avait emporté avec elle tout ce qui pourrait lui donner la force de se battre... Tandis que les vagues venaient s'écraser au pied de la falaise, Arthur regardait cette étendue bleue, source de rêve et de liberté.
Il décida de revivre une dernière fois en pensées les moments qu'il avait vécu avec Agnès, puis il s'élança et sauta dans le vide : étrange instant de liberté de totale, d'euphorie, le vent l'entourant, grisé par la vitesse... Au même instant, Agnès se mit à pleurer, elle sentit qu'il s'était passé quelque chose. Elle se mit à hurler et voulut descendre du train... Mais celui-ci filait tout droit pour une petite ville de Pologne....
Hystérique, en pleurs, elle se mit à frapper de toutes ses forces les portes en bois du wagon. Ses poings étaient en sang, mais la douleur de son cœur brisé lui faisait oublier celle de ses mains. Certains se précipitèrent sur elle, mais rien ne réussissait à la calmer :
- Je veux descendre ! Arthur ! Je t'en supplie...!
- Arrêtez madame, cela ne sert à rien, nous sommes loin déjà... Vous ne pouvez plus rien.
Elle essaya de lui expliquer son cas. Malheureusement ils étaient des centaines comme elle ; elle hurla de toutes ses forces, mais le grand type ne voulut rien savoir.

