Après les appels à la grève des 6 avril et 4 mai derniers, interview de Mohammed Mostafa, le porte-parole du mouvement étudiant Haqi, qui a tenté de mobiliser les étudiants à l’Université du Caire.
Quelles sont vos revendications?
Nous réclamons la baisse des frais d’inscriptions qui ont encore augmenté et qui sont largement au-dessus du seuil légal. Nous voulons également que soit respectée la règle interdisant à la police d’entrer dans l’Université. Mais notre objectif principal, c’est le changement. Que cela soit à l’Université, la crise économique actuelle, le régime de Moubarak, ou la situation en Palestine, tout est lié…C’est en avançant lentement mais sur tous les fronts que les choses commenceront à bouger.
Comment est né Haqi ?
Nous avons créé ce mouvement, qui signifie « mon droit » en arabe, il y a un an à peu près. Haqi est le seul mouvement qui réunisse plusieurs tendances : les socialistes ou les nassériens, avec pour but d’offrir une meilleure représentation aux étudiants.
Qu’en est-il des Frères Musulmans, qui sont très présents à l’Université ?
Nous avons essayé de discuter avec eux, de leur demander de l’aide, toujours dans l’optique de rassembler, mais les étudiants restent trop liés au reste de la Confrérie et celle-ci ne veut pas que ses membres participent à d’autres mouvements.
Depuis un an, qu’a fait Haqi ?
Nous commençons d’abord par donner confiance aux étudiants, les mobiliser petit à petit. Nous avons organisé plusieurs manifestations et sit-in dans l’Université, et avons participé aux appels à la grève sur Internet.
Pensez vous que les étudiants seront capables de faire évoluer la situation actuelle ?
Les mouvements étudiants sont les plus importants dans le sens où ils réunissent une très large base d’un point de vue social, ce sont donc eux qui touchent le plus de monde. Et ensuite, cela fait remonter les idées…
Quelle place accordez-vous à Internet et notamment à Facebook qui a été largement utilisé lors des contestations de ces dernières semaines ?
Internet est capital. De cette façon, nous touchons aussi beaucoup de monde. Le groupe pour la grève du 6 avril a réuni plus de 70 000 personnes. Puis les arrestations de militants et blogueurs nous ont appris quelque chose : le gouvernement a peur d’Internet. Et s’il a peur, c’est que le changement n’est plus très loin. Il arrivera avec l’accumulation de nombreux éléments différents.
Votre avis sur l’avenir proche de l’Egypte ?
Cela va bientôt changer, d’ici 3 ans au plus tard. Malheureusement d’une façon plutôt chaotique je pense. Mais les Egyptiens sont courageux, résistants, et les un million et demi de policiers des forces spéciales ne les empêchent pas de continuer à protester, même si pour l’instant, rien ne bouge. Quand les mentalités auront évolué, alors tout sera possible. Si l’on doit passer par les Frères avant, alors oui, cela fera un changement. Ca ne durera pas, et après, nous pourrons espérer quelque chose de meilleur.
Traduction Steven LABAT
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