vendredi 22 janvier 2010
L’Arabie Saoudite : fausse victime des Houthis
Par Nefermaât, vendredi 22 janvier 2010 à 17:14 :: Egypte et Monde Arabe
Hier, un article de l’Associated Press (CP) titrait « L’Arabie saoudite a perdu 113 soldats face aux rebelles yéménites » en précisant ensuite que « L’armée saoudienne a lancé cette opération après que des insurgés eurent franchi la frontière saoudienne en provenance du Yémen le 5 novembre dernier, tuant deux gardes-frontières saoudiens. »
Quand va-t-on arrêter de se voiler la face ? Tous les journaux ne cessent de présenter le Yémen et l’Arabie Saoudite comme des victimes de la rébellion Houthi dans le nord du pays. Ils sont présentés comme étant à l’origine de l’affrontement qui les oppose au gouvernement, et à l’origine de l’attaque saoudienne en novembre, qui n’aurait fait que répondre, etc. Non ! La réalité est que l’Arabie Saoudite, qui n’a jamais vu d’un bon œil les Zayidites d’une façon générale, et plus encore depuis le début de la rébellion, a autorisé l’armée yéménite à pénétrer sur son territoire afin de prendre à revers les Houthis et d’en finir une bonne fois pour toute.
Il faut savoir que depuis 2004, début de la révolte, le gouvernement n’a jamais réussi, malgré les bombardements et les attaques terrestres massives – qui en passant ont tué de nombreux civils et provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes – à mettre un terme à la rébellion.
Le fait est qu’en novembre, les Houthis a repoussé l’armée yéménite dans la montagne Doukhan après leur tentative de prise à revers. Le royaume saoudien a alors permis une seconde fois au Yémen de pénétrer sur son territoire pour une seconde tentative, mais les Houthis ont à nouveau vaincu l’armée, faisant au passage au cours des affrontements, deux morts parmi les gardes-frontières saoudiens. Ainsi, la réalité n’est pas aussi simple qu’on veut bien le laisser croire et ne résume pas à une attaque des Houthis sur l’Arabie Saoudite qui agirait en légitime-défense… Enfin, juste une petite remarque, toutes les sources concernant cet incident, sont gouvernementales. Il va de soi, que le Yémen ou l’Arabie Saoudite n’avoueront jamais avoir passé un tel accord !
Pour terminer, à l’instar de la majorité des journaux, l’article parle évidemment de « rebelles chiites » en évoquant les Houthis. Ainsi, une nouvelle fois, on définit cette rébellion comme un affrontement entre shi’ites et sunnites. Or, il est nécessaire de comprendre que les revendications des Houthis sont avant tout politiques, et font part d’une volonté d’autonomie et de réformes économiques, suite au désintérêt complet dont ils sont victimes de la part du gouvernement. Ali Abdallah Saleh, le président du Yémen, est lui-même zayidite, comme le sont les Houthis, et bien qu’une partie importante du gouvernement et de l’armée soit sunnite – de rite shafi’ite – il n’en demeure pas moins que le problème religieux est secondaire.
Mais il n’est pas encore venu le temps où les journaux cesseront de privilégier la facilité – évoquer un conflit sunnite/shi’ite – plutôt que de s’attarder sur les réelles implications des faits, dans le but de nous informer correctement…
Benjamin Wiacek
Publié sur : Echos du Moyen Orient