Le site de Nefermaat

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vendredi 15 février 2008

La complainte de l'Ours cairote

Il est 10h. J’ai le moral en berne aujourd’hui : c’est la Saint Valentin. Depuis quelques jours déjà, la tristesse m’envahit quand je vois de ma fenêtre les hommes faire la queue chez le fleuriste pour acheter des fleurs. Il fait des affaires, il doit être content lui !

Cela fait deux ans que je vis ici et j’aime réellement cette femme : je ne veux pas la quitter. Pourtant ce soir, l’autre arrivera, il l’emmènera au restaurant pendant que je resterai ici tout seul. Puis, quand ils reviendront, ce sera la fin : une nouvelle peluche me remplacera !
Oui, je suis un bel ours rouge, tel qu’on en voit partout dans les vitrines du Caire depuis quelques semaines. Un charmant jeune homme m’a offert à la femme chez qui je loge il ya exactement deux ans après une romantique soirée. Je pensais qu’une douce vie m’attendait avec elle : elle me prenait dans ses bras quand il lui manquait, me confiait ses joies et ses peines, jouait avec moi et me faisait de tendres câlins. Elle m’avait même installé une place de choix sur la commode face à son lit… J’ai également pu rencontrer ses amies car elle tenait à me montrer : j’ai ainsi pu discuter un peu avec d’autres oursonnes très jolies…

C’est l’année dernière que j’ai réalisé notre triste sort : nous avons une durée de vie limitée, et nous sommes vite remplacés. En effet, c’est ainsi, chaque année une nouvelle peluche est achetée et offerte à l’être aimé… L’ancienne ne sert donc plus à rien car toute l’affection est reportée sur la nouvelle. Vous allez donc me demander comment j’ai fait pour rester deux ans ici. C’est tout simple : quelques mois après m’avoir offert, mon acheteur a rompu avec ma propriétaire, la laissant toute seule à sa tristesse. Elle s’est donc consolée un peu avec moi.

Malheureusement, elle n’a pas retrouvé d’homme convenable tout de suite, et elle a eu la « bonne idée » d’être célibataire à la dernière Saint Valentin, m’évitant ainsi une retraite anticipée…

Maintenant, à vous, cher Lecteur de choisir la fin qui vous conviendra le mieux...

Fin 1 : Mais là, je pense que ce beau conte est réellement terminé… Après tout, ça n’est qu’un juste retour des choses, puisque j’ai vraisemblablement moi-même remplacé une autre peluche ! Que vais-je devenir ? Que deviennent toutes ces anciennes peluches devenues inutiles ? Nos poils ont commencé à tomber, notre couleur s’est ternie, et nous sommes parfois synonymes de mauvais souvenirs… Il ne me reste plus qu’à espérer. Peut-être retrouverais-je d’autres ours dans le grand placard de la chambre du fond. Peut-être serais-je donné, ou pire, jeté…

Fin 2 : D’un autre côté, je ne serai plus obligé de supporter ses plaintes incessantes et je serai enfin libre ! J’ai déjà pas mal voyagé depuis la Chine jusque l’Egypte. Mais j’ai toujours rêvé de visiter l’Europe, et quoi de plus normal pour un ours de la Saint Valentin -avec "I Love You" tatoué sur le ventre- que d’aller à Paris ou à Venise, villes du romantisme ? Il faudrait que je lui demande comme un service à me rendre. Et puis, elle peut bien me faire ce cadeau. Après tout, on s’est aimé pendant deux ans, et c’était la Saint Valentin, non ?

Et voir l'article sur le Petit Journal...

mardi 5 février 2008

Une bouffée d'air à Rafah...

Mercredi 23 janvier. Le Hamas a fait sauter des charges explosives sur la frontière de Rafah entre la Bande de Gaza et l’Egypte dans la nuit. Aussitôt, des centaines de milliers de Palestiniens – plus de 750 000, selon l’ONU vendredi soir – commencent à traverser la frontière pour aller se ravitailler en Egypte et survivre au blocus israélien : nourriture, vêtements, groupes électrogènes, cigarettes, ciment, essence, pneus, mais aussi des vaches et des moutons, et pour ceux qui ont les moyens, de l’électroménager voire des motos… Ils vont dans la partie égyptienne de Rafah ou, comme beaucoup, continuent jusque la ville côtière d’El Arish à 45 km.

La ville est animée comme jamais, les magasins sont dévalisés et les hôtels sont fermés. "Il est interdit de loger des Palestiniens, m'explique le patron d'un hôtel, on veut éviter un débordement." Les Palestiniens essayent tout de même mais la plupart du temps sans succès. Ils dorment donc sur des trottoirs ou sur la plage, autour de petits feux de fortune. "On vient de Rafah, me raconte Hamaad sur la plage. On est venus pour voir autre chose mais surtout pour acheter de quoi vivre correctement avec le blocus. Mais on veut rentrer vite ensuite, nos familles nous attendent et puis notre terre, c'est la Palestine, pas ici.

Sur la route de Rafah, le trafic est intense. Il faut passer par un petit chemin de terre pour accéder à la brèche, puis la route étant bouchée, terminer à pied. Des marchands continuent à vendre leurs marchandises et plusieurs personnes proposent de changer des livres en shekels.

Une palissade tordue en métal à terre, des barbelés déchirés, une barrière de policiers, un drapeau palestinien qui flotte au vent, des cris, un flot incessant de personnes : tel est le nouveau point de passage entre l’Egypte et la bande de Gaza. Un service d’ordre égyptien fait passer les gens dans un sens puis dans l’autre, mais tout le monde peut traverser. "Doucement, attendez ! Doucement ! crient les soldats égyptiens à la foule qui se presse contre eux. "Yalla, allez y maintenant !" Et le flot de personnes se déverse : on rentre en Palestine. De l’autre côté, des journalistes filment la scène depuis le toit d’un camion, et on aperçoit derrière les façades criblées de balles de la partie palestinienne de Rafah. Celle-ci est très calme d’ailleurs comparée à l’agitation qui règne à la frontière.

Enfin, pour revenir à El Arish, il faut attendre au bord de la route qu’un camion s’arrête : on est une trentaine à monter dans la benne en s’accrochant comme on peut, serrés les uns contre les autres. Le camion sort de la route pour passer par des petits villages afin d’éviter les check-points de la route principale. Là, les gens nous courent après, crient de joie, certains nous lancent même à boire et à manger tandis que d’autres applaudissent.

Il y a fort à parier que cet évènement marquera un tournant dans le conflit israélo-palestinien : un mur est tombé, une page est tournée.

Voir l'article sur le Petit Journal...