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vendredi 21 décembre 2007

Siwa, un paradis menacé...

Perdue au cœur d’une dépression à 18m sous le niveau de la mer dans le désert libyque, à plus de 500 km du Caire, et à 300 des côtes méditerranéennes de Matrouh, Siwa est encore un petit paradis sur Terre. La plus septentrionale des oasis d’Egypte resta longtemps très isolée, et elle conserve encore aujourd’hui ses plus anciennes traditions. L’oasis regroupe 11 petits villages, dont Shali le plus important et est peuplée d’environ 23 000 siwis. Ceux-ci sont d’origine berbère – c’est d’ailleurs le seul endroit d’Egypte où l’on peut manger du couscous – et le revendiquent. Ils aiment à dire qu’ils sont avant tout de Siwa, qu’ils ont des origines bédouines, et qu’ils sont ensuite Egyptiens. Leur langue même, très différente de l’arabe égyptien, est un mélange d’arabe classique, de bédouin, et de dialecte berbère.

Cet écrin de pureté est malheureusement menacé par le comportement de certains touristes qui ne savent pas respecter les traditions de l’oasis. Plusieurs ne réalisent pas que Siwa est différente du reste de l’Egypte, et se comportent ici comme dans des coins très touristiques. Par exemple, les boutiques du centre sont bien différentes des échoppes du souk du Caire, et on ne marchande pas de la même façon : l’artisanat local qui permet de faire vivre les habitants n’a pas le même prix que les babioles « made in China » vendues par centaines…

L’oasis a foi dans ses coutumes et les applique avec rigueur. Les femmes portent un habit traditionnel en laine qui les couvre totalement, et ne laisse qu’un « grillage » pour leur permettre de voir, et bien que les siwis soient très pieux, il ne faut pas voir ici la preuve d’un Islam radical, tel qu’il peut apparaître dans des pays du Golfe ou en Afghanistan. Il est donc vraiment choquant de voir un car de touristes s’arrêter en plein centre de la place de Shali et en descendre plusieurs jeunes femmes habillées d’une tenue plus que légère, que je qualifierais de totalement indécente ! Et malheureusement, ce n’est pas un fait rare, et qui a même tendance à se répéter de plus en plus. Il est certain que les jeunes siwis apprécient de voir des femmes ainsi habillées – puisque les seules filles non voilées à Siwa sont celles qui ne sont pas encore mariées, et le mariage se fait assez tôt pour une demoiselle – mais il faut surtout réfléchir à la vision des touristes qu’auront les siwis, et des conséquences sur leur comportement à leur égard.

Les conséquences du tourisme de masse risquent bien d’augmenter et d’empirer avec la politique de développement forcé menée par le gouvernement. En effet, un stade olympique de 20000 places a déjà été construit – Siwa prochaine ville candidate pour les JO ? – de plus en plus en plus d’usines s’installent dans la région, et un projet d’aéroport est même évoqué… Pour certains, ça n’est encore qu’un projet, pour d’autres, la construction a déjà commencé. Quoiqu’il en soit, ce qui est évident, c’est qu’une fois Siwa à 1h d’avion du Caire – actuellement à 7-8h en taxi, ou 10-12h en bus – le paysage de l’oasis en sera fortement affecté.

On peut déjà imaginer de nouveaux hôtels se construire un peu partout, d’abord de façon éparse puis sous forme de complexes de luxe. Les maisons traditionnelles – qu’une organisation soutenue par l’UNESCO essaye de mettre en valeur en réhabilitant les techniques de construction anciennes – laisseront place au béton, et les immenses palmeraies disparaitront, que ce soit par la main de l’homme ou par la pollution. Car bien évidemment, les safaris en 4x4 dans le désert tant prisés dans touristes se multiplieront, et on conçoit aisément l’impact écologique d’une armée de véhicules polluants dans une telle région…

Malgré tout, il faut aussi être honnête : cette politique n’a pas que des effets négatifs. En effet, les usines qui se construisent apportent du travail aux siwis qui ne savent plus réellement vivre uniquement de leurs cultures – dattes et olives principalement – et qui peuvent ainsi rester à Siwa, au lieu d’aller à Matrouh pour espérer mieux gagner leur vie.

C’est donc à notre charge de respecter la richesse et la pureté de ce lieu, la force des amitiés que l’on peut nouer avec les siwis et l’ambiance unique qui règne à Siwa. Il nous faudra donc agir en conséquence pour éviter que ne soit détruit ce paradis perdu au cœur du désert…

Voir l'article sur Alif...

mercredi 12 décembre 2007

El Fishawy

Au cœur du souk Khan el-Khalili, dans une petite venelle à côté de la grande mosquée el-Hussein, se trouve le café Fishawy. Fondé en 1849, il porte le nom du Hagg Fichmi Fishawy, grand chef de bande du quartier dans les années 30. De grands miroirs aux cadres en bois sculpté, des arches au-dessus de chaque entrée : vous êtes transportés en pénétrant dans cet endroit mythique. L’on s’assoit sur d’agréables banquettes au milieu de la venelle, ou autour de petites tables à côté, et une fois le délicieux thé à la menthe fraiche rapidement servi dans une petite théière émaillée – le meilleur du Caire selon moi – la magie fait alors son œuvre, et il ne vous reste plus qu’à regarder.

Assis pendant des heures à boire du thé, le temps défile pendant que l’on contemple un spectacle inouï et sans cesse renouvelé. On apprend énormément en regardant autour de soi et en apprenant à ouvrir les yeux... La façon dont les gens se comportent, les regards, même furtifs, que l’on peut échanger avec eux, les sourires parfois. Fermez les yeux et écoutez... Tous les sons se confondent : le bruit des chaises, celui des verres et des théières en émail sur les plateaux en cuivre, les voix des serveurs qui réclament les chichas, qui passent les commandes ou qui crient "flooouuuussss" (argent) pour que le patron vienne avec son énorme liasse de billets et encaisse auprès des clients. Il y a aussi les haussements de ton des touristes qui ne comprennent pas bien ce qui se passe, l’anglais, l’espagnol, le chinois, le français, l’allemand, l’italien, l’arabe, se mélangeant dans un concert envoûtant…

En ouvrant à nouveau les yeux, on assiste à un défilé incessant, un monde en perpétuel mouvement, celui des vendeurs de breloques en tout genre et de gadgets – si vous restez un peu plus longtemps, vous aurez l’occasion de les revoir souvent, et à chaque fois ils vous proposeront de nouveau leurs articles ! Quelques mendiants circulent entre les tables bondées et essayent de vendre des paquets de mouchoir ou des cacahuètes. Il y a aussi la femme qui passe toutes les deux minutes vous proposer un tatouage au henné, et le cireur de chaussures qui fait une triste mine quand on lui dit non ou qu'il voit que vous êtes en sandales !

La richesse que vous apporte une pause – aussi longue que possible – dans ce café est incommensurable, elle est de celle qui ne se compte pas, elle est liée à l’apprentissage de la vie en Egypte, de la vie en général ! Mais ne croyez pas que cela soit réservé à cet endroit seul, toute l’Egypte est comme ça, riche de cette mixité permanente, de ces styles différents à chaque coin de rue. A la regarder, à l’écouter, à la sentir pour mieux s’en imprégner, à tenter de la comprendre et de pénétrer ses mystères, on ne peut que l’apprécier. Et apprécier ces instants, c’est au bout du compte adopter l’Egypte dans son cœur…



Le café El-Fishawy