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lundi 16 juin 2008

Un mouvement étudiant à la loupe

Après les appels à la grève des 6 avril et 4 mai derniers, interview de Mohammed Mostafa, le porte-parole du mouvement étudiant Haqi, qui a tenté de mobiliser les étudiants à l’Université du Caire.

Quelles sont vos revendications?
Nous réclamons la baisse des frais d’inscriptions qui ont encore augmenté et qui sont largement au-dessus du seuil légal. Nous voulons également que soit respectée la règle interdisant à la police d’entrer dans l’Université. Mais notre objectif principal, c’est le changement. Que cela soit à l’Université, la crise économique actuelle, le régime de Moubarak, ou la situation en Palestine, tout est lié…C’est en avançant lentement mais sur tous les fronts que les choses commenceront à bouger.

Comment est né Haqi ?
Nous avons créé ce mouvement, qui signifie « mon droit » en arabe, il y a un an à peu près. Haqi est le seul mouvement qui réunisse plusieurs tendances : les socialistes ou les nassériens, avec pour but d’offrir une meilleure représentation aux étudiants.

Qu’en est-il des Frères Musulmans, qui sont très présents à l’Université ?
Nous avons essayé de discuter avec eux, de leur demander de l’aide, toujours dans l’optique de rassembler, mais les étudiants restent trop liés au reste de la Confrérie et celle-ci ne veut pas que ses membres participent à d’autres mouvements. Depuis un an, qu’a fait Haqi ?
Nous commençons d’abord par donner confiance aux étudiants, les mobiliser petit à petit. Nous avons organisé plusieurs manifestations et sit-in dans l’Université, et avons participé aux appels à la grève sur Internet.

Pensez vous que les étudiants seront capables de faire évoluer la situation actuelle ?
Les mouvements étudiants sont les plus importants dans le sens où ils réunissent une très large base d’un point de vue social, ce sont donc eux qui touchent le plus de monde. Et ensuite, cela fait remonter les idées…

Quelle place accordez-vous à Internet et notamment à Facebook qui a été largement utilisé lors des contestations de ces dernières semaines ?
Internet est capital. De cette façon, nous touchons aussi beaucoup de monde. Le groupe pour la grève du 6 avril a réuni plus de 70 000 personnes. Puis les arrestations de militants et blogueurs nous ont appris quelque chose : le gouvernement a peur d’Internet. Et s’il a peur, c’est que le changement n’est plus très loin. Il arrivera avec l’accumulation de nombreux éléments différents.

Votre avis sur l’avenir proche de l’Egypte ?
Cela va bientôt changer, d’ici 3 ans au plus tard. Malheureusement d’une façon plutôt chaotique je pense. Mais les Egyptiens sont courageux, résistants, et les un million et demi de policiers des forces spéciales ne les empêchent pas de continuer à protester, même si pour l’instant, rien ne bouge. Quand les mentalités auront évolué, alors tout sera possible. Si l’on doit passer par les Frères avant, alors oui, cela fera un changement. Ca ne durera pas, et après, nous pourrons espérer quelque chose de meilleur.

Traduction Steven LABAT

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mercredi 7 mai 2008

Des tunnels entre l'Egypte et Gaza

Trois tunnels destinés à la contrebande ont été découverts la semaine dernière à la frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza.

Mercredi dernier, les autorités égyptiennes ont découvert trois tunnels au nord de Rafah. Ils étaient vides mais "des traces de pas indiquent qu'ils ont été utilisés récemment" a indiqué un responsable des services de sécurité égyptiens à l’AFP.

Les autorités égyptiennes font souvent état de la découverte de tunnels destinés à la contrebande ou au trafic d’armes vers la bande de Gaza depuis la mi-juin 2007 et la prise du pouvoir par le mouvement islamiste palestinien Hamas, et de façon plus régulière depuis le blocus imposé par Israël en janvier.

En mars, deux Palestiniens avaient péri dans l’effondrement de tunnels, et un troisième avait été grièvement blessé. Israël accuse régulièrement l’Egypte ne pas mobiliser suffisamment ses services et de ne pas en faire assez pour lutter contre ces trafics. Pour le gouvernement israélien, ce sont ces tunnels qui permettent d’alimenter les militants palestiniens qui tirent des roquettes depuis Gaza. Les Etats-Unis accusent également le gouvernement égyptien ne de pas être assez ferme.

"L'Egypte pourrait faire davantage. Il faut s'occuper de ces tunnels", avait affirmé la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice journal israélien Jerusalem Post. "Nous (les Etats-Unis) sommes évidemment prêts à accorder notre assistance, mais la volonté d'agir est très importante dans ce cas", a ajouté la secrétaire d'Etat. Le Caire affirme pourtant tout faire pour lutter contre ces souterrains clandestins.

Blocus israélien

Suite à la brève ouverture de la frontière de Rafah par le Hamas en janvier, les autorités égyptiennes disent avoir arrêté plusieurs palestiniens en possessions d’armes et d’explosifs. Ils projetaient de s’en servir dans des attentats contre des Israéliens dans le Sinaï, avait indiqué un autre responsable de la sécurité.

La bande de Gaza est soumise à un blocus israélien depuis le 17 janvier, ce qui la prive de carburant et d’approvisionnement en tout genre. Ces tunnels de contrebande se multiplient suite à la refermeture des points de passage par l'Egypte et le Hamas. L’Etat hébreu insiste quant à lui sur le fait qu’il maintiendra le blocus tant que n'auront pas cessé les tirs de roquettes depuis Gaza sur le sud de son territoire.

Et voir l'article sur Alif...

Horreyya

Sur Midan Falaky, à deux pas de Talaat Harb, se trouve le café Horreyya. Lieu cosmopolite et animé, il est incontournable pour les Cairotes qui s'y retrouvent volontier autour d'un thé ou d'un verre d'alcool. "Un café multiculturel, à l’image du Caire", selon ses habitués.

Les fenêtres sont fermées par des palissades qui cachent l’intérieur depuis la rue. Mais les portes sont ouvertes, et les deux serveurs Milad et Saad vous accueillent chaleureusement avec une Stella dans la main avant même de vous trouver une table et une chaise de libre, l’endroit étant souvent bondé.
Mais Horreyya n’a pas toujours été ainsi. Dans les années 50, l’ambiance était toute autre. Monsieur Farouk, comme on l’appelle, se souvient : "J’y allais déjà avec mon père quand j’étais petit. C’était plus propre, les gens venaient habillés en costume. Ils discutaient dans le calme et jouaient au bridge en fumant le cigare". Les boiseries n’étahttp://nefermaat.egyptos.net/dotclear/ecrire/images/bt_em.png [Emphase] ient pas jaunies par la fumée et c’étaient surtout les classes aisées qui fréquentaient le café.
Aujourd’hui, égyptiens, étrangers, artistes, écrivains, hommes d’affaires, faux guides, hommes, femmes, homosexuels, jeunes ou vieux, tous se retrouvent dans ce café pour boire et pour discuter. Il y a du bruit, les bouteilles recouvrent les tables en marbre lézardées, le sol est noir et jonché de mégots de cigarettes. Un cireur de chaussures fait plusieurs fois le tour de la salle tandis qu’une femme propose quelques journaux. Au mur, une vieille publicité "" dernier signe de la grandeur passée.

Horreyya est un endroit unique en son genre Le café est également ouvert pendant le Ramadan, mais il n’y a pas d’alcool, "tous les gens qui ne jeunent pas viennent ici" me raconte Said, un habitué depuis 7 ans. "Moi je viens pour l’ambiance avant tout, et pendant le Ramadan, je commande un thé, mais je le laisse de côté" rajoute-t-il. Hicham, lui, connait depuis 10 ans ce café, mais vient tous les jours depuis 4 ans. Le regard vif derrière ses lunettes, avec son étui et son porte-cigarette, il est un des personnages phare de Horreyya. "Pour moi, c’est un point de rendez-vous. Je passe ici après une soirée, avant une autre. C’est toujours ici que les gens se retrouvent. C’est une étape obligée" m’explique-t-il.
Anecdote amusante, le café est divisé en deux. "Il y a le côté Hallal à gauche, où l’on joue aux échecs et boit du thé, et à droite, le côté Haram où l’on boit de l’alcool" précise Said. Mais quelque soit la raison de votre première venue, Horreyya ne laisse pas indifférent, et il y a fort à parier pour que vous y reviendrez, ne serait-ce que pour y retrouver des amis…

Photos Bahaa Talis DR

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dimanche 23 mars 2008

A l'université du Caire, du droit en français

FRANCOPHONIE. L’Institut de Droit des Affaires Internationales se trouve au coeur de l'université du Caire. Il fêtera ses 20 ans cette année. Découverte.

Filière entièrement francophone peu connue en Egypte et encore moins en France, L'Institut de Droit des Affaires Internationales (IDAI) compte environ 500 étudiants d’une vingtaine de nationalités différentes, répartis sur les cinq années du cycle d’études européen LMD. La majorité d’entre eux sont égyptiens, mais d’autres viennent de pays africains, de France ou de Pologne. Cet institut est géré avec les universités françaises de Paris I Panthéon Sorbonne, Paris II Panthéon Assas et Paris Dauphine.

La dimension internationale est soulignée par l’IDAI, qui insiste sur la valeur ajoutée et l’expérience apportées à ses étudiants. Depuis quatre ans, l’IDAI a connu un important développement, sous l’impulsion de son directeur, Joël Pascal Biays. Disparu récemment, ce passionné de droit a contribué à l’essor nouveau de l’Institut, en développant notamment une réelle vie étudiante au sein de la filière. Les étudiants sont ainsi régulièrement conviés à des sorties, conférences ou voyages, organisés par l’université ou le Bureau des Etudiants – dernièrement la visite d’un orphelinat et une conférence sur la sécurité internationale – qui les invitent à échanger et à partager leurs cultures et leurs différences, afin d’enrichir leur personnalité, leurs connaissances et leurs valeurs.

Francophonie et ambitions

Si les étudiants choisissent cette filière, c’est avant tout pour l’enseignement en français et le diplôme de la Sorbonne. "Je souhaiterais que cette langue retrouve une place plus importante dans la société, dans la vie quotidienne, comme par le passé" explique Mohamed étudiant de première année, un brin nostalgique. Quant à Randy, étudiante de deuxième année, c’est pour son avenir professionnel qu'elle s'investit dans cette formation, car "en Egypte, la maitrise de plusieurs langues étrangères est un gros atout." Pour la direction de l’IDAI, "les méthodes de travail, la rigueur et l’enseignement français sont un gage de qualité et les étudiants sont plus recherchés par les entreprises que ceux de l’Université Américaine."

Après les trois premières années de Licence, plusieurs étudiants partent terminer leur cursus en France, où certains restent d’ailleurs travailler. La majorité des autres trouve un emploi dans la magistrature, ou dans de gros cabinets d’avocats au Caire, avec lesquels l’IDAI entretient d’étroites relations.

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dimanche 9 mars 2008

La première femme maazoun d'Egypte divise les consciences

A l’occasion de la journée de la femme samedi 8 mars, retour sur la nomination d’Amal Soliman comme "maazoun". Elle est la première musulmane à pouvoir exercer cette profession, qui consiste à sceller les mariages religieux.

Le mois dernier, cette mère de famille de 32 ans et diplômée en Droit accédait à cette fonction, exercée jusqu’à présent exclusivement par des hommes. La polémique n’a pas tardé. L’université d’Al-Azhar, par la voix de son vice-président, le Cheikh Fawzi al-Zafzaf, conteste vivement cette décision en déclarant qu’ "il n'existe pas de textes religieux interdisant à une musulmane d'être maazoun" mais que "quand la femme est en période de menstruation, elle n'a pas le droit d'entrer dans les mosquées, ni de lire le Coran." Raison suffisante pour le refus de l’institution sunnite. Une possible interdiction pour la femme de poser sa main sur celle d’un homme – geste que le maazoun fait pour sceller l’union – est également évoquée pour justifier cette position.

A l’inverse, d’autres considèrent évidemment que cela constitue une réelle avancée pour les droits de la femme et l’égalité des genres en Egypte. "L’Islam prône cette égalité, et c’est une valeur qu’il nous faut appliquer », déclare Mohamed, étudiant en Droit. "L’école juridique musulmane qui interdit à la femme de poser sa main sur celle d’un homme n’est pas réellement suivie en Egypte, il n’y a donc pas de problème pour qu’une femme soit maazoun", ajoute-t-il avec conviction.

Nomination encouragée par le ministre de la Justice

Dans une société égyptienne dans laquelle le cloisonnement entre sexes reste fort, cette nomination se place dans la continuité d’un mouvement, commencé il y a quelques années, encourageant la nomination de femmes à des postes tels que celui de juge, occupé jusqu’à alors par des hommes. Le ministre de la Justice, Mamduh Meri, ainsi que Ali al-Samman, un responsable laïc du dialogue interreligieux au sein d'institutions islamiques, ont donc appuyé cette décision. Pour Hadir, étudiante en Droit, "la religion doit évoluer avec la société. Sinon, un décalage va se créer petit à petit et les gens seront alors tiraillés entre leur foi et les pratiques sociales courantes qui les entourent."

Plusieurs personnes considèrent également qu’être maazoun n’est qu’une profession comme une autre, et qu’il n’est nullement obligatoire de recourir à ses services pour conclure un mariage religieux. Par conséquent, il n’y aurait aucune raison pour qu’une femme ne puisse pas exercer ce métier, surtout si elle possède toutes les compétences requises.

Enfin, certains considèrent cette féminisation comme un gage de sécurité et de qualité pour les actes effectués. En effet, le maazoun s’occupe de sceller les mariages, mais il est aussi chargé de superviser les divorces. "S’il y a un conflit entre l’homme et la femme, cela permettra peut-être de préserver d’avantage les intérêts de l’épouse et de rendre une décision plus juste", espère Hadir, qui pense que les femmes sont parfois défavorisées dans de telles circonstances.

Il est clair que l'égalité entre les sexes est encore loin de devenir une réalité, que ce soit dans le domaine social ou religieux. D'ailleurs, Ali al-Samman rajoute prudemment qu’ "une femme imam (la personne chargée de conduire la prière dans une mosquée NDLR) c'est une chose tout autre qu'il laisse aux spécialistes le soin de débattre."

Et voir l'article sur Alif...