L'arrivée, belle entrée en matière : jeudi 20 juillet
Par Nefermaât, mercredi 13 septembre 2006 à 10:11 :: Zellidja :: #434 :: rss
En sortant de l'avion, je change un peu d'argent pour pouvoir payer en Livres Egyptiennes (LE), c'est nettement plus avantageux (pas de risque de taux superflu, et commission ajoutée une seule fois) et les égyptiens apprécient plus. Le visa, contrôle des passeports et récupération de mon sac, intact je suis content !
En me dirigeant vers la sortie, je suis accosté par un homme qui me propose je ne sais quoi. Je le laisse au beau milieu de sa phrase, mais tandis que je cherche des yeux un taxi, un second passe à l'attaque : il réussira, et au lieu de payer 50 LE dans un vieux taxi Peugeot, j'en paye 65 pour une belle Toyota : ok, c'est le premier jour, je me suis fait avoir ! En même temps, la voiture est nettement plus confortable, ça se paye aussi...
Le Dahab Hôtel est situé au 7e étage d'un immeuble du centre ville, sur une terrasse ornée de palmiers, d'où son nom, référence à une très belle station balnéaire sur la Mer Rouge. Je découvre ma petite chambre, avec trois lits d'une personne, et une "salle de bains" : une petite pièce en longueur où s'enchaînent un lavabo, un tuyau suspendu qui fait office de douche (pas de bac, l'eau tombe sur le sol, et il y a un trou dans le coin pour l'évacuation...) et des toilettes. Une fenêtre donne une vue du quartier : du haut, ça n'est pas très reluisant. J'ai tout de même le droit à un ventilateur dans ma chambre ! Je me détends un peu, et je souffle car j'ai monté les 7 étages à pied, et avec la chaleur et les sacs, ça n'est pas une partie de plaisir.
J'ai envie d'aller boire un thé et de commencer à rencontrer des gens. Ce qui n'est pas une chose si facile en Egypte, enfin surtout dans les grandes villes, car très touristiques, et il faut repousser tous ceux qui nous accostent par intérêt, mais sans blesser les personnes sincères qui sont toujours une preuve de la célèbre hospitalité égyptienne...
Je marche sans trop savoir où je vais, je dois bien l'avouer. J'arrive en face du musée égyptien, et je ne peux m'empêcher de m'appuyer sur une barrière pour le contempler. Un homme m'accoste et engage la conversation. Quand je lui dis que je suis français, son visage s'illumine et il me dit que sa femme est française (ou qu'il l'a rencontrée en France, je ne comprend pas tout). Il m'emmène alors dans son magasin où il vend toutes sortes d'huiles pour le corps et le bain, et de parfums. Il m'offre un thé, et avec un autre homme, nous parlons un peu. Apparemment sa famille est installée au Caire depuis plusieurs générations, voire plusieurs siècles, et cela lui donne une certaine fierté.
Il me fait sentir de l'huile de lotus, d'ambre, etc... Je lui en achète finalement un petit flacon. Ensuite, il me pose des questions sur moi, ce que je fais, et pourquoi je suis ici. Puis il me propose d'aller voir la boutique de papyrus d'un ami à lui... "Oui... pourquoi pas..." J'accepte, même si je ne suis pas emballé plus que ça.
C'est une belle boutique, de qualité, où les papyrus sont des vrais et non pas des feuilles de bananes. Je devais en acheter un, et il me dit qu'il fait 50% sur les prix affichés : je choisis celui dont j'ai besoin, ce qui me donne l'occasion de boire un deuxième thé, servi par deux demoiselles :
- Shoukran (merci).
- Vous parlez arabe ?
- Non non. J'apprends...
Il est content, et tout le monde sourit.
Il insiste ensuite pour que j'en achète un second, et il baisse les prix pour m'encourager... Après négociation, j'en prends un pour moi. Nous nous installons au fond de la boutique, là où il vend tout ce qui est or, argent, bijoux. Cela me donne l'occasion de discuter un peu plus en profondeur avec lui. Il s'appelle Mohammed, et il me dit que sa boutique lui rapporte assez pour avoir une vie "moyenne", ni très bonne, ni très mauvaise, et il s'empresse de rajouter "life is easy, easy." Il rajoute aussi que nombre de problèmes en Egypte sont à l'origine d'une minorité de musulmans ou de chrétiens "qui n'ont plus toute leur tête" ! Je lui réponds ironiquement que c'est un peu partout la même chose... Je lui demande comment il ressent la vie politique égyptienne et ses conséquences au quotidien, avec la police par exemple, qui est assez musclée : "strong" dira-t-il, mais je n'en saurai pas plus. Il s'absente cinq minutes, me laissant seul avec une jeune fille qui travaille là. Elle a fini ses études, et maintenant elle est ici. Je ne réussis pas à savoir quelles études elle a faites, mais apparemment elle a fait un joli cursus. Je suis un peu étonné car je lui donnerais le même âge que moi, mais je ne lui demande pas, et je n'ai ensuite pas le temps d'en reparler avec Mohammed.
Il me raccompagne jusqu'à l'hôtel. L'ascenseur marche cette fois-ci... Je pense qu'il marchait aussi tout à l'heure, mais qu'il était utilisé. Et je remarque qu'on ne peut pas l'appeler d'en bas, enfin si, il faut appuyer sur un endroit particulier derrière la grille... chose que le "bawab" (concierge) fait très bien. Je paye les deux papyrus, et il m'invite à revenir pour parler, boire un thé ou si j'ai besoin de quelque chose : je pense que j'y retournerai...
Avec les klaxons en bruit de fond, et l'appel à la prière du muezzin – enfin les haut-parleurs des mosquées aux alentours – je m'installe sur la terrasse face à ma chambre, et je me mets à écrire, dérangé par des violentes bagarres entre chats : cinq ou six sur le même petit chaton, j'ai pitié de lui...
La nuit est tombée, il y a un léger vent et la soirée est agréable, seuls les klaxons ne s'arrêtent pas. Je pense qu'il est temps pour moi de redescendre et de trouver de quoi manger. En sortant, je décide d'aller engager la conversation avec un homme qui lit sur la terrasse. C'est un linguiste, spécialisé dans l'égyptologie. Nous discutons une petite heure, bientôt rejoints par une anthropologue suisse qui travaille sur Siwa.
Vers 22h, je descends avec pour intention d'aller au Club Grec, recommandé par GEO. Malheureusement, je ne le trouve pas, et une jeune homme me propose de jeter un œil dans son magasin : je sais que je n'achèterai rien, mais c'est toujours l'occasion de parler un peu. Je ressors trente minutes plus tard très déçu ! J'ai bu mon troisième thé, mais je n'ai pu échanger que quelques mots, et je sais qu'on se fout de moi... N'ayant pas réussi à trouver ce que je cherchais, je me rabats sur un café où je mange une glace : au moins pendant les vingt minutes où je reste assis là, j'ai regardé un match de foot, entouré de plusieurs hommes fumant la chicha, et c'est agréable de ne pas être harcelé.
Je remonte à l'hôtel où je retrouve Germain, le linguiste, qui me parle, entre autres, d'Alexandrie la magnifique...
Je suis dans mon lit, jetant un regard évasif sur la chambre, et j'avoue être un peu dégoûté par cette première journée... Fatigue, chaleur, "arnaques", bref, j'ai connu mieux. En colère contre moi-même de ne pas avoir mieux esquivé ce que je connaissais parfaitement à l'avance. Encore une fois, j'ai besoin de rencontrer des gens, de parler avec eux pour mon dossier, voire même de partager leur quotidien, et c'est ça qui m'incite à accepter le contact. Je suis persuadé que sans cela, je n'aurais suivi personne aujourd'hui.... Malheureusement si je fais ça, je risque fort de ne rencontrer personne, et pour mon projet, cela serait dommage !
Je suis prévenu, espérons que demain sera une meilleure journée. De toute façon, j'ai deux contacts que je dois appeler et avec qui ça devrait bien se passer... Et maintenant, je vais plonger dans un sommeil bien mérité, une bonne nuit et tout ira mieux.
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