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mardi 5 février 2008

Une bouffée d'air à Rafah...

Mercredi 23 janvier. Le Hamas a fait sauter des charges explosives sur la frontière de Rafah entre la Bande de Gaza et l’Egypte dans la nuit. Aussitôt, des centaines de milliers de Palestiniens – plus de 750 000, selon l’ONU vendredi soir – commencent à traverser la frontière pour aller se ravitailler en Egypte et survivre au blocus israélien : nourriture, vêtements, groupes électrogènes, cigarettes, ciment, essence, pneus, mais aussi des vaches et des moutons, et pour ceux qui ont les moyens, de l’électroménager voire des motos… Ils vont dans la partie égyptienne de Rafah ou, comme beaucoup, continuent jusque la ville côtière d’El Arish à 45 km.

La ville est animée comme jamais, les magasins sont dévalisés et les hôtels sont fermés. "Il est interdit de loger des Palestiniens, m'explique le patron d'un hôtel, on veut éviter un débordement." Les Palestiniens essayent tout de même mais la plupart du temps sans succès. Ils dorment donc sur des trottoirs ou sur la plage, autour de petits feux de fortune. "On vient de Rafah, me raconte Hamaad sur la plage. On est venus pour voir autre chose mais surtout pour acheter de quoi vivre correctement avec le blocus. Mais on veut rentrer vite ensuite, nos familles nous attendent et puis notre terre, c'est la Palestine, pas ici.

Sur la route de Rafah, le trafic est intense. Il faut passer par un petit chemin de terre pour accéder à la brèche, puis la route étant bouchée, terminer à pied. Des marchands continuent à vendre leurs marchandises et plusieurs personnes proposent de changer des livres en shekels.

Une palissade tordue en métal à terre, des barbelés déchirés, une barrière de policiers, un drapeau palestinien qui flotte au vent, des cris, un flot incessant de personnes : tel est le nouveau point de passage entre l’Egypte et la bande de Gaza. Un service d’ordre égyptien fait passer les gens dans un sens puis dans l’autre, mais tout le monde peut traverser. "Doucement, attendez ! Doucement ! crient les soldats égyptiens à la foule qui se presse contre eux. "Yalla, allez y maintenant !" Et le flot de personnes se déverse : on rentre en Palestine. De l’autre côté, des journalistes filment la scène depuis le toit d’un camion, et on aperçoit derrière les façades criblées de balles de la partie palestinienne de Rafah. Celle-ci est très calme d’ailleurs comparée à l’agitation qui règne à la frontière.

Enfin, pour revenir à El Arish, il faut attendre au bord de la route qu’un camion s’arrête : on est une trentaine à monter dans la benne en s’accrochant comme on peut, serrés les uns contre les autres. Le camion sort de la route pour passer par des petits villages afin d’éviter les check-points de la route principale. Là, les gens nous courent après, crient de joie, certains nous lancent même à boire et à manger tandis que d’autres applaudissent.

Il y a fort à parier que cet évènement marquera un tournant dans le conflit israélo-palestinien : un mur est tombé, une page est tournée.

Voir l'article sur le Petit Journal...

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