mardi 29 janvier 2008
Rafah, rue tranquille
Par Nefermaât, mardi 29 janvier 2008 à 20:09 :: Un rêveur en Egypte...
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mardi 29 janvier 2008
Par Nefermaât, mardi 29 janvier 2008 à 20:09 :: Un rêveur en Egypte...
Par Nefermaât, mardi 29 janvier 2008 à 19:45 :: Un rêveur en Egypte...
Nous mettons quasiment 1h à sortir de la ville, à cause des bouchons. La route se passe sans encombre, et nous passons quelques points de contrôle sans même nous arrêter. Dans l’autre sens, nous croisons plusieurs pickups remplis de Palestiniens…
En arrivant à Rafah, le trafic s’intensifie de nouveau, et je remarque plusieurs personnes qui traversent à travers champs pour éviter certains check-points où quelques policiers contrôlent : c’est un peu inutile à cet endroit vu le nombre de personnes qui passent à côté. Dans le bus, la tension monte d’un cran, on sent que l’on approche.
On quitte la route principale pour prendre un petit chemin au milieu des cultures et rejoindre la zone de passage avec la brèche. La route est bloquée par le nombre de véhicules dans les deux sens. Il reste un peu plus d’un kilomètre.
Sur le chemin, des marchands continuent à vendre leurs marchandises et plusieurs personnes proposent de changer des livres en shekels.
Dans le village, deux camions de police pour le service d’ordre sont stationnés au milieu d’un carrefour et une brigade se dirige au pas vers la frontière…
Une palissade tordue en métal à terre, des barbelés déchirés, une barrière de policiers, un drapeau palestinien qui flotte au vent, des cris, un flot incessante de personnes : tel est le point de passage entre l’Egypte et la bande de Gaza. Je monte sur des sacs de ciment pour avoir une meilleure vue sur la frontière. Le service d’ordre égyptien fait passer les gens dans un sens puis dans l’autre, mais tout le monde peut traverser. "Doucement, attendez ! Doucement ! crient les soldats égyptiens à la foule qui se presse contre eux. "Yalla, allez y maintenant !" Et le flot de personnes se déverse : on rentre en Palestine. Les policiers ont reçu l’ordre de ne rien faire si ce n’est vérifier que des armes ne passent pas d’un côté à l’autre… De l’autre côté justement, des journalistes filment la scène depuis le toit d’un camion, et au fond on aperçoit les façades criblées de balles de la partie palestinienne de Rafah.
Je décide finalement de traverser. Je m’insère donc dans la foule, et c’est dans le passage laissé par les militaires – peu accueillants avec leurs matraques – que je pénètre en Palestine. Sur les premiers mètres, je ne réalise pas réellement mais quand j’arrive sur la palissade maintenant au sol, et que j’observe le nombre de personnes présentes qui s’agitent dans tous les sens, je comprends que ce qui se passe en ce moment même est loin d’être anodin et que je peux y assister, l’observer de mes propres yeux… C’est là que je remarque que malgré un point de passage étroit, la palissade a été détruite sur plusieurs centaines de mètres.
Les gens continuent de traverser, ramenant du côté palestinien des vaches, des moutons, des groupes électrogènes, des pneus, des sacs de ciment, toujours plus de nourriture, et même des motos qu’une grue se charge de faire passer au dessus du mur !
Je décide de rentrer un peu plus dans Rafah et de « prendre la température » un peu dans la ville. La plupart des magasins sont fermés, les drapeaux du Hamas flottent au dessus de tous les pylônes et côtoient quelques voitures du Fatah avec des photos de Yasser Arafat. De nombreux taxis se remplissent pour rentrer vers Gaza, au nord de la bande. Les Palestiniens sont en effet venus de toute la région pour passer en Egypte, puis ils reviennent chez eux.
La ville est étrangement calme comparée à l’agitation de la frontière, les rues sont presque vides, et si je ne savais pas ce qui se passait un peu plus loin, je n’aurais aucun moyen de le deviner. Néanmoins, des immeubles en ruine, des traces de tirs de roquette sur les façades ou les impacts de balles laissent imaginer les tensions qui peuvent arriver par moment…
Lorsque je reviens à la frontière, je ne retrouve pas le point de passage, mais j’arrive face à un mur de sécurité. Plusieurs tentes sont installées et des sacs de nourriture sont empilés devant. Je suis le mouvement, et je m’aperçois que contrairement à tout à l’heure, le passage se fait en passant par-dessus un mur. J’hésite un instant, ne voulant me mettre dans une situation délicate vis-à-vis de la police égyptienne, même si mon passeport français me met à l’écart de tout problème – sauf en cas d’échauffourées où là, la police ne se pose pas de question. Je fais donc le mur comme tout le monde ! Le soir même, j’ai appris que l’Egypte avait tenté de fermer la frontière et avait donc empêché le passage… mais a finalement décidé de la rouvrir vu le passage qui ne cessait pas du tout. Façon aussi de garder une image positive vis-à-vis de la Palestine et des pays arabes.
Les rues sont bouchées par une énorme marée humaine : hommes, voitures, camions, charrettes et étals se croient, se bloquent dans un immense capharnaüm. J’avance avec peine, sans savoir où je vais, je suis uniquement le flot de personnes, je suis comme tous ces gens : je viens de faire le mur pour passer de la Palestine en Egypte, je marche, et je cherche un moyen pour aller à El Arish.
Etant arrivé par un bus qui nous a lâché en pleine campagne, il n’y a aucune gare routière ni aucun point de repère pour savoir d’où repartir, je marche donc sur une route en espérant réussir à trouver quelque chose pour rentrer. Je croise un groupe de Palestiniens qui souhaite aller à El Arish, je reste donc avec eux car je sais qu’ils trouveront un moyen de partir : en effet, peu de temps après, un camion s’arrête et nous sommes une trentaine à monter dans la benne à l’arrière. On s’accroche comme on peut, on se serre les uns contre les autres et le camion redémarre.
Je discute avec l’homme à côté de moi et un ami à lui. Ils sont étonnés de voir un français avec eux dans ce camion ! Il est vrai que ça ne doit pas être une chose à laquelle ils s’attendaient – surtout qu’avec ma barbe, mes quelques mots d’arabe, et mon keffieh autour du cou, j’aurais pu passer pour un Palestinien – mais l’on discute assez bien.
Le camion sort plusieurs fois de la route pour passer par des petits bourgs afin d’éviter les check-points de la route principale. Là, les gens nous courent après, font des signes, certains nous lancent même du pain et des bouteilles d’eau tandis que d’autres applaudissent, c’est assez surréaliste comme scène.
On finit par arriver à El Arish, tout le monde descend. Ici l’accueil est un peu moins chaleureux que tout à l’heure, et je sens clairement sur moi un regard différent de celui qu’on porte sur le touriste étranger… Tous ceux qui viennent arriver poussent des cris de joies, louent Dieu et se dirigent vers la mosquée pour faire la prière du vendredi. Quant à moi, je réussis à trouver un taxi après avoir du sortir mon passeport comme preuve de ma bonne foi. Il m’emmène à la gare routière où j’arrive à avoir la dernière place pour le seul car direct pour le Caire. A chaque check-point, un homme monte dans le car vérifie avec la plus scrupuleuse attention les papiers de tous les passagers, et étant étranger, j’ai attiré la plus grande méfiance à chacun des quatre contrôles ! On est restés bloqués plus de 3h au Pont Moubarak qui passe au dessus du Canal de Suez pour rejoindre Ismaillia à cause des contrôles et du monde…
Je rentre au Caire vers 1h.Il y a fort à parier que cet évènement marquera un tournant dans le conflit israélo-palestinien : un mur est tombé, une page est tournée...
Voir également, l'article que j'ai écrit pour le Petit Journal...