Perdue au cœur d’une dépression à 18m sous le niveau de la mer dans le désert libyque, à plus de 500 km du Caire, et à 300 des côtes méditerranéennes de Matrouh, Siwa est encore un petit paradis sur Terre. La plus septentrionale des oasis d’Egypte resta longtemps très isolée, et elle conserve encore aujourd’hui ses plus anciennes traditions. L’oasis regroupe 11 petits villages, dont Shali le plus important et est peuplée d’environ 23 000 siwis. Ceux-ci sont d’origine berbère – c’est d’ailleurs le seul endroit d’Egypte où l’on peut manger du couscous – et le revendiquent. Ils aiment à dire qu’ils sont avant tout de Siwa, qu’ils ont des origines bédouines, et qu’ils sont ensuite Egyptiens. Leur langue même, très différente de l’arabe égyptien, est un mélange d’arabe classique, de bédouin, et de dialecte berbère.

Cet écrin de pureté est malheureusement menacé par le comportement de certains touristes qui ne savent pas respecter les traditions de l’oasis. Plusieurs ne réalisent pas que Siwa est différente du reste de l’Egypte, et se comportent ici comme dans des coins très touristiques. Par exemple, les boutiques du centre sont bien différentes des échoppes du souk du Caire, et on ne marchande pas de la même façon : l’artisanat local qui permet de faire vivre les habitants n’a pas le même prix que les babioles « made in China » vendues par centaines…

L’oasis a foi dans ses coutumes et les applique avec rigueur. Les femmes portent un habit traditionnel en laine qui les couvre totalement, et ne laisse qu’un « grillage » pour leur permettre de voir, et bien que les siwis soient très pieux, il ne faut pas voir ici la preuve d’un Islam radical, tel qu’il peut apparaître dans des pays du Golfe ou en Afghanistan. Il est donc vraiment choquant de voir un car de touristes s’arrêter en plein centre de la place de Shali et en descendre plusieurs jeunes femmes habillées d’une tenue plus que légère, que je qualifierais de totalement indécente ! Et malheureusement, ce n’est pas un fait rare, et qui a même tendance à se répéter de plus en plus. Il est certain que les jeunes siwis apprécient de voir des femmes ainsi habillées – puisque les seules filles non voilées à Siwa sont celles qui ne sont pas encore mariées, et le mariage se fait assez tôt pour une demoiselle – mais il faut surtout réfléchir à la vision des touristes qu’auront les siwis, et des conséquences sur leur comportement à leur égard.

Les conséquences du tourisme de masse risquent bien d’augmenter et d’empirer avec la politique de développement forcé menée par le gouvernement. En effet, un stade olympique de 20000 places a déjà été construit – Siwa prochaine ville candidate pour les JO ? – de plus en plus en plus d’usines s’installent dans la région, et un projet d’aéroport est même évoqué… Pour certains, ça n’est encore qu’un projet, pour d’autres, la construction a déjà commencé. Quoiqu’il en soit, ce qui est évident, c’est qu’une fois Siwa à 1h d’avion du Caire – actuellement à 7-8h en taxi, ou 10-12h en bus – le paysage de l’oasis en sera fortement affecté.

On peut déjà imaginer de nouveaux hôtels se construire un peu partout, d’abord de façon éparse puis sous forme de complexes de luxe. Les maisons traditionnelles – qu’une organisation soutenue par l’UNESCO essaye de mettre en valeur en réhabilitant les techniques de construction anciennes – laisseront place au béton, et les immenses palmeraies disparaitront, que ce soit par la main de l’homme ou par la pollution. Car bien évidemment, les safaris en 4x4 dans le désert tant prisés dans touristes se multiplieront, et on conçoit aisément l’impact écologique d’une armée de véhicules polluants dans une telle région…

Malgré tout, il faut aussi être honnête : cette politique n’a pas que des effets négatifs. En effet, les usines qui se construisent apportent du travail aux siwis qui ne savent plus réellement vivre uniquement de leurs cultures – dattes et olives principalement – et qui peuvent ainsi rester à Siwa, au lieu d’aller à Matrouh pour espérer mieux gagner leur vie.

C’est donc à notre charge de respecter la richesse et la pureté de ce lieu, la force des amitiés que l’on peut nouer avec les siwis et l’ambiance unique qui règne à Siwa. Il nous faudra donc agir en conséquence pour éviter que ne soit détruit ce paradis perdu au cœur du désert…

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